Georges Gouriten
La démocratie exécutive

Le modèle de gouvernance démocratique en vigueur est généralement basé sur un équilibre entre trois pouvoirs : le législatif, l'exécutif, et le judiciaire. En théorie, le pouvoir législatif est en charge d'élaborer les lois, les stratégies, les grandes lignes. L'exécutif, quand à lui, gère le fonctionnement au quotidien de l'État et met en place les transformations nécessaires pour respecter le cadre défini par le pouvoir législatif. Enfin, le pouvoir judiciaire rend justice et peut contrôler les autres pouvoirs.

Comme je l'ai évoqué précédemment, je pense qu'un contrôle du pouvoir exécutif est nécessaire. La séparation entre pouvoir exécutif et pouvoir judiciaire me semble donc pertinent. Par contre, il n'en va pas de même en ce qui concerne la séparation entre pouvoir législatif et pouvoir exécutif. À ce sujet, il est d'ailleurs intéressant d'observer que, en France, le pouvoir législatif est bien souvent sous l'autorité du pouvoir exécutif. En effet, dans la pratique, les cabinets ministériels sont fréquemment les principaux décideurs lors de l'élaboration de nouvelles lois. Au delà du cas français, il y a généralement des liens étroits entre les deux pouvoirs.

Derrière la volonté affichée d'instaurer un pouvoir législatif distinct du pouvoir exécutif, il y a l'idée que certains pourraient s'attacher à définir les règles sans être pleinement au contact des réalités et de l'activité quotidienne. Cette conception de la gouvernance est source de déconnexion, de tension, et de défiance. Je pense que les personnes qui sont les mieux à même de définir les règles sont celles qui sont aussi amenées à diriger l'activité au quotidien. Elles peuvent tout à fait consulter d'autres personnes, mais elles devraient garder la main sur l'élaboration des règles.

Sous cet angle, il ne s'agit alors plus de chercher à imposer une instance législative, qui risquerait d'être coupée des réalités, mais à faire en sorte que les personnes en position de responsabilité vont véritablement utiliser leur pouvoir pour l'intérêt général. Je pense que cela est chose possible avec des mandats bien définis, répartis par tirage au sort, une hiérarchie intelligente, et l'existence d'institutions de contrôle.

Avec une telle organisation du pouvoir - une démocratie exécutive, l'individu en position de responsabilité dispose de suffisamment de marges de manœuvre. Il y a une adéquation entre la responsabilité qui lui est confiée et ses moyens d'action. Cela me semble être la clé pour un pouvoir suffisamment effectif et fort, capable de prendre des décisions courageuses, d'impulser des transformations nécessaires ; tout en étant un pouvoir tourné vers l'égalité, en faveur de l'intérêt général, et disposant de garde-fous.

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